Analyse Comparative et Perspectives Stratégiques
Une mise en perspective des programmes et des enjeux de l'élection présidentielle de 2025.
Tableau Comparatif des Programmes Présidentiels
La synthèse des différents projets présidentiels dans un tableau comparatif permet de visualiser de manière claire et structurée les lignes de fracture fondamentales qui traversent le débat politique ivoirien. Cet outil met en évidence les divergences profondes sur des questions aussi cruciales que le modèle de développement économique, la souveraineté, le positionnement international et l'approche de la cohésion sociale. Il transforme une analyse détaillée en un instrument d'aide à la décision pour l'observateur, en clarifiant les choix distincts proposés aux électeurs.
| Thématique Clé | Alassane Ouattara (RHDP) | Jean-Louis Billon (CODE) | Simone Gbagbo (MGC) | Ahoua Don Mello (indépendant) | Henriette Lagou (RPC-Paix) |
|---|---|---|---|---|---|
| Modèle Économique | Libéralisme d'État, croissance tirée par l'investissement public et les grands projets (PND). | Nationalisme économique, croissance tirée par les PME locales (Projet Phoenix), compétitivité. | Économie sociale, priorité à la lutte contre la pauvreté, industrialisation et souveraineté alimentaire. | Rupture avec "l'économie dominée", État stratège, contrôle national des filières, industrialisation. | Axé sur le progrès et le partage (détails non disponibles). |
| Souveraineté Monétaire | Statu quo / Réforme concertée au sein de la CEDEAO (implicite). | Réforme du Franc CFA pour une monnaie plus compétitive et moins chère. | Abandon total du Franc CFA pour une monnaie sous-régionale 100% africaine. | Souveraineté monétaire totale, potentiellement dans le cadre des BRICS. | Non spécifié. |
| Politique Étrangère | Maintien des alliances traditionnelles (Ouest). | Partenariats diversifiés, nationalisme économique pragmatique. | Rupture avec la "Françafrique", départ des bases militaires françaises. | Réalignement géopolitique stratégique vers les BRICS et la Russie. | Dialogue et paix (implicite). |
| Social & Réconciliation | Approche par les filets sociaux et la formation (PSGouv 2). | Réduction du train de vie de l'État, pouvoir d'achat par l'emploi. | Prérequis absolu : vérité, justice, amnistie générale, "nouveau contrat social". | Lutte pacifique pour la démocratie et la souveraineté. | Priorité absolue au dialogue et à la paix. |
| Gouvernance | Modernisation de l'administration, bonne gouvernance (PND). | Réforme de la CEI, exemplarité de l'État. | Réforme totale des institutions électorales via un dialogue national. | Critique du "parti-État" et de la justice instrumentalisée. | Non spécifié. |
Le Programme Invisible : L'Influence des Candidats Exclus
L'exclusion de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam de la liste des candidats ne signifie en rien leur disparition de l'équation politique. Leurs partis respectifs, le PPA-CI et le PDCI, demeurent des forces politiques et électorales de premier plan, capables de mobiliser des pans importants de la population. Leur absence sur le bulletin de vote crée une situation politique complexe, que l'on peut qualifier d'élection à deux niveaux.
Le premier niveau est la compétition visible, officielle, entre les cinq candidats validés, chacun défendant son programme. Le second niveau, moins visible mais tout aussi crucial, est la compétition pour séduire et capter les électorats du PDCI et du PPA-CI, qui se retrouvent sans candidat naturel. Cette dynamique influence profondément les stratégies des candidats en lice. Jean-Louis Billon, en tant qu'ancien cadre influent du PDCI, tente de se positionner comme l'alternative la plus crédible pour la base de ce parti, espérant que son projet de nationalisme économique résonnera avec l'électorat traditionnellement attaché à la défense des intérêts ivoiriens. De leur côté, Simone Gbagbo et Ahoua Don Mello se disputent l'héritage idéologique et l'électorat souverainiste de gauche de Laurent Gbagbo, chacun prétendant incarner la véritable continuité de ce combat politique.
Dans ce contexte, les consignes de vote, ou les appels au boycott, qui pourraient émaner de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam seront des facteurs déterminants de l'issue du scrutin. Les stratégies des candidats en lice doivent impérativement intégrer cette variable, que ce soit en multipliant les appels du pied à ces électorats, en cherchant des alliances discrètes avec des cadres de ces partis, ou en espérant simplement capitaliser sur une dispersion des voix. Le véritable vainqueur de l'élection de 2025 pourrait bien être celui ou celle qui parviendra le plus efficacement à convaincre ces millions d'électeurs que son programme est le plus à même de porter les aspirations qu'ils avaient initialement placées en Gbagbo ou en Thiam.
Définir les Enjeux pour l'Avenir de la Côte d'Ivoire
Le scrutin présidentiel de 2025 place les électeurs ivoiriens devant un choix fondamental qui déterminera l'orientation du pays pour les années à venir. D'un côté, se présente la proposition de continuité incarnée par le président sortant Alassane Ouattara. Ce projet s'appuie sur un bilan macroéconomique solide, une stabilité retrouvée et des plans de développement structurés, mais il est confronté à des critiques persistantes concernant son impact social et son caractère insuffisamment inclusif.
De l'autre côté, une mosaïque de projets de rupture offre des alternatives radicales. Bien que divergents dans leurs modalités, ces projets partagent une critique commune du modèle actuel et une aspiration profonde à une plus grande souveraineté nationale. Jean-Louis Billon propose une rupture pragmatique, centrée sur un rééquilibrage économique en faveur des PME et des acteurs nationaux. Simone Gbagbo appelle à une rupture idéologique et mémorielle, posant la réconciliation par la vérité et la justice comme condition préalable à toute refondation, tout en prônant une souveraineté monétaire et militaire sans concession. Enfin, Ahoua Don Mello défend une rupture géopolitique, suggérant de troquer un alignement historique avec l'Occident pour un nouvel ancrage stratégique au sein du bloc des BRICS.
L'issue de cette élection aura des conséquences profondes. Elle déterminera non seulement la trajectoire économique et sociale de la Côte d'Ivoire pour le prochain quinquennat, mais aussi son positionnement et ses alliances dans un ordre mondial en pleine recomposition. Le choix qui sera fait par les Ivoiriens se situe entre la consolidation d'un modèle qui a démontré sa capacité à générer de la croissance et à attirer des investissements, et le pari d'une refondation dont les contours précis, les opportunités et les risques restent encore à définir.