Jean-Louis Billon
CODE
Biographie et Parcours d'un Capitaine d'Industrie
Né le 8 décembre 1964 à Bouaké, Jean-Louis Billon est le fils de Pierre Billon, fondateur de la SIFCA, fleuron de l'agro-industrie ivoirienne. Après une Maîtrise en Droit des Affaires à l'Université de Montpellier et un Master en Gestion à l'Université de Floride, il rentre en Côte d'Ivoire en 1995 pour intégrer le groupe familial. Il en prend la tête en 2001.
Parallèlement, il devient une figure majeure du patronat, étant élu Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Côte d'Ivoire en 2002. Son entrée en politique se fait comme maire de Dabakala en 2001, puis il est nommé Ministre du Commerce de 2012 à 2017. Après une rupture avec la direction du PDCI, il se présente sous la bannière du CODE, une nouvelle plateforme politique.
Un Projet Économique pour une Croissance Inclusive
Le coeur du programme de Jean-Louis Billon est une critique argumentée du modèle économique actuel et une proposition de réorientation profonde.
Critique du Modèle Ouattara
Tout en reconnaissant la réalité de la croissance économique enregistrée depuis 2011, Jean-Louis Billon la juge insuffisante, fragile et surtout, insuffisamment inclusive. Il dénonce un modèle de développement trop fortement dépendant de l'investissement public, qui a quadruplé en une décennie, au détriment du secteur privé qui devrait être le véritable moteur. Il pointe un manque de compétitivité structurel de l'économie ivoirienne, qui freine l'émergence d'un tissu industriel robuste. Pour lui, la preuve la plus tangible de l'échec social de ce modèle est le maintien d'un taux de pauvreté supérieur à 40%, un chiffre qu'il martèle pour illustrer le décalage entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité sociale. Il critique également une pression fiscale excessive qui pèse sur le secteur formel, déjà restreint, et sur les propriétaires fonciers, citant notamment la hausse de l'impôt foncier.
Le Projet "Phoenix" Réactualisé : Stratégie pour les PME
La pierre angulaire de sa vision économique est la réactualisation du "Projet Phoenix", un programme qu'il avait lui-même initié en tant que ministre. L'objectif est de faire des Petites et Moyennes Entreprises (PME), qui constituent 98% du tissu économique formel mais ne contribuent qu'à 20% de la richesse nationale, le véritable levier de la création de richesse et d'emplois. Les objectifs chiffrés, tels qu'énoncés lors de son lancement, étaient ambitieux : créer 70 000 PME supplémentaires et générer jusqu'à 600 000 nouveaux emplois, avec pour but de doubler le nombre de PME pour atteindre une fourchette de 100 000 à 200 000 entités, portant leur contribution au PIB à 35-40%.
Pour y parvenir, le plan s'articule autour de plusieurs axes stratégiques :
- Amélioration de l'accès au financement : Création d'un fonds de garantie dédié et promotion de mécanismes alternatifs comme les "business angels" pour pallier les insuffisances du système bancaire classique.
- Renforcement des capacités : Mise en place de centres de formation et d'incubateurs pour améliorer les compétences techniques et managériales des entrepreneurs.
- Amélioration du climat des affaires : Simplification des procédures et lutte contre les entraves administratives.
- Nationalisme économique pragmatique : Il prône l'application stricte d'une loi sur la sous-traitance pour garantir qu'au moins 30% des marchés publics soient attribués à des entreprises nationales, assurant ainsi que la commande publique irrigue le tissu économique local.
Vers une Souveraineté Monétaire et Fiscale
Jean-Louis Billon aborde de front la question sensible du Franc CFA. Sans prôner une rupture brutale, il appelle à une réforme profonde pour doter la zone d'une monnaie plus compétitive et plus abordable. Il critique le coût de l'argent, indexé sur l'Euro, qui se traduit par des taux d'intérêt plus élevés qu'en Europe et freine le financement à long terme indispensable au développement. Sa proposition vise à "garder les avantages" de la stabilité monétaire tout en obtenant des taux plus bas et en intégrant pleinement l'Afrique dans le système monétaire international. Sur le plan fiscal, il dénonce la hausse de l'impôt foncier et plaide pour une fiscalité "plus équitable" qui protège les petits propriétaires ivoiriens et favorise le réinvestissement local.
Réponse à la "Vie Chère" et Vision Sociale
Jean-Louis Billon se positionne comme le "médecin de l'économie réelle". Son discours est ancré dans les préoccupations concrètes des ménages et des PME : la "vie chère", le pouvoir d'achat, et la pression fiscale. Il soutient que le véritable problème n'est pas tant l'inflation, qu'il juge maîtrisée, mais le faible pouvoir d'achat des consommateurs. Sa solution n'est donc pas une politique de contrôle des prix, mais une stratégie de création massive d'emplois décents via le développement des PME, seule à même d'augmenter durablement les revenus des ménages.
Cette approche s'accompagne d'une exigence d'exemplarité de la part de l'État. Pour lui, il est impératif que l'État réduise son propre train de vie avant de demander des sacrifices à la population, un argument qui vise à créer un contraste avec la gouvernance actuelle. En somme, Jean-Louis Billon tente de traduire des concepts économiques parfois complexes – compétitivité, politique monétaire, fiscalité – en un message politique simple et direct : en tant qu'entrepreneur, il affirme comprendre les difficultés quotidiennes des Ivoiriens et détenir les clés pour créer une richesse partagée par tous, et non plus concentrée au niveau de l'État et des grandes multinationales. Il se présente ainsi comme le candidat d'une prospérité construite "par le bas", en opposition directe au modèle de croissance "par le haut" qu'il attribue au pouvoir en place.