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Alassane Ouattara

RHDP

Biographie et Parcours d'un Technocrate

Né le 1er janvier 1942 à Dimbokro, Alassane Ouattara a un parcours défini par une dualité entre l'économiste de renommée internationale et l'homme politique. Il poursuit l'intégralité de ses études supérieures aux États-Unis, obtenant un Bachelor of Science du Drexel Institute of Technology en 1965, puis un Doctorat en Sciences Économiques (Ph.D.) de la prestigieuse Université de Pennsylvanie en 1972.

Sa carrière débute en 1968 au Fonds Monétaire International (FMI). Il rejoint ensuite la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), où il devient Vice-Gouverneur en 1982. En 1988, il est nommé Gouverneur de la BCEAO, avant de retourner au FMI en tant que Directeur Général Adjoint de 1994 à 1999.

Son entrée en politique se fait par le sommet lorsqu'il est nommé Premier Ministre le 7 novembre 1990. Après une longue période d'exclusion politique marquée par le concept d' "ivoirité", il accède à la présidence en avril 2011 à l'issue d'une grave crise post-électorale qui a fait plus de 3000 morts. Il est réélu en 2015 et brigue un troisième mandat controversé en 2020.

Le Bilan en Guise de Programme : Consolider l'Émergence

1.1. La Trajectoire d'un Technocrate au Pouvoir : Fondements et Bilan

Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire depuis la fin de la crise post-électorale de 2010-2011, est une figure dont le parcours a profondément marqué la trajectoire récente du pays. Économiste de formation, ayant occupé de hautes fonctions au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), son approche de la gouvernance est intrinsèquement technocratique. Son positionnement idéologique, ancré dans le libéralisme économique et l'houphouëtisme, s'est traduit par une politique axée sur la restauration de la stabilité macroéconomique, l'attraction des investissements étrangers et la réalisation de grands projets d'infrastructures. Après deux mandats (2011-2015 et 2015-2020), sa réélection en 2020 et sa candidature pour le scrutin de 2025, rendue possible par l'interprétation de la Constitution de 2016 qui a remis les compteurs des mandats à zéro, s'inscrivent dans une logique de parachèvement de son projet de "faire de la Côte d'Ivoire un pays émergent".

1.2. Le Programme Présidentiel à travers l'Action Gouvernementale

Le projet d'Alassane Ouattara pour le quinquennat 2025-2030 ne se présente pas sous la forme d'un document de promesses électorales nouvelles, mais plutôt comme la consolidation et la poursuite de politiques publiques déjà structurées et en cours d'exécution. Son programme est, de fait, son action gouvernementale passée et présente, formalisée au sein de deux instruments stratégiques majeurs qui dessinent sa vision pour le pays : le Plan National de Développement (PND) 2021-2025 et le second Programme Social du Gouvernement (PSGouv 2).

Analyse du Plan National de Développement (PND) 2021-2025 : La Vision Économique

Le PND 2021-2025 constitue la feuille de route économique du gouvernement. Son objectif principal est ambitieux : réaliser la transformation économique et sociale nécessaire pour hisser la Côte d'Ivoire au rang des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à l'horizon 2030. Pour y parvenir, le plan fixe des objectifs chiffrés précis, visant une croissance économique moyenne de 7,65% sur la période, en nette accélération par rapport aux 5,9% enregistrés entre 2016 et 2020. Sur le plan social, il ambitionne la création de 4 à 5 millions d'emplois et le doublement du revenu par habitant entre 2020 et 2030, passant de 1 736 à 3 472 dollars US.

Cette stratégie repose sur six piliers fondamentaux :

  1. L'accélération de la transformation structurelle de l'économie par l'industrialisation, notamment dans l'agro-industrie (transformation du cacao, de l'anacarde, du caoutchouc) et le développement de nouvelles filières comme l'automobile, ainsi que la mise en place de grappes industrielles.
  2. Le développement du capital humain et la promotion de l'emploi, en adéquation avec les besoins d'une économie en mutation.
  3. Le développement du secteur privé et de l'investissement, en créant un environnement des affaires plus attractif.
  4. Le renforcement de l'inclusion, de la solidarité nationale et de l'action sociale pour une croissance mieux partagée.
  5. Le développement régional équilibré, la préservation de l'environnement et la lutte contre le changement climatique, un axe prioritaire du plan.
  6. Le renforcement de la gouvernance, la modernisation de l'Administration et la transformation culturelle pour soutenir le développement.

Pour concrétiser ces piliers, le PND décline des stratégies sectorielles claires, telles que l'augmentation significative du taux de transformation locale des matières premières agricoles, le développement de l'économie numérique et de l'industrie touristique, ou encore l'accroissement de la puissance énergétique installée de 2 229 MW en 2020 à 3 428 MW en 2025, visant un accès universel à l'électricité.

Décryptage du Programme Social du Gouvernement (PSGouv 2) : La Réponse Sociale

En complément du PND, le PSGouv 2 (2021-2024) vise spécifiquement à consolider la dimension sociale de l'action gouvernementale. Son objectif est de poursuivre la réduction des inégalités et de la pauvreté en améliorant l'accès des populations, en particulier les plus vulnérables, aux services sociaux de base. Ce programme se décline en plusieurs mesures concrètes et chiffrées :

  • Filets sociaux productifs : Ce projet consiste en des transferts monétaires trimestriels directs aux ménages les plus démunis. Au premier semestre 2022, 6,3 milliards de FCFA ont ainsi été versés, avec une attention particulière portée aux zones de fragilité du Nord, où plus d'un milliard de FCFA a été alloué.
  • Couverture Maladie Universelle (CMU) : Le programme poursuit l'extension de la CMU, avec, sur les six premiers mois de 2022, près de 230 000 nouvelles personnes enrôlées et plus de 200 000 cartes distribuées, permettant un accès facilité aux soins de santé.
  • Formation et Insertion des Jeunes : Cet axe majeur est piloté par le Ministère de l'Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle et de l'Apprentissage (METFPA) et s'articule autour de deux initiatives phares :
    • L'École de la Seconde Chance (E2C) : Il s'agit d'un programme de formation de masse visant à former et à faciliter l'insertion d'un million de jeunes en quête de qualification. La stratégie repose sur des formations qualifiantes de courte durée et un vaste programme d'apprentissage s'appuyant sur 30 000 maîtres-artisans dont les capacités sont renforcées.
    • L'Académie des Talents (ACT) : Ce volet vise à améliorer l'offre de formation professionnelle initiale pour mieux répondre aux besoins du marché du travail. Il prévoit la construction de dix nouveaux établissements professionnels et la rénovation des curricula pour doubler le taux d'insertion des diplômés, avec l'objectif de faire passer les effectifs de 35 000 à 200 000 apprenants à l'horizon 2030.

1.3. Forces et Critiques : Le Paradoxe d'une Croissance sans Inclusion

La stratégie de campagne d'Alassane Ouattara repose sur une logique de démonstration par les faits. En articulant son programme autour de documents technocratiques denses, chiffrés et structurés comme le PND et le PSGouv, son camp cherche à déplacer le débat du terrain purement politique et idéologique vers celui, perçu comme plus objectif, de la "bonne gestion" et de la "compétence". L'objectif est de présenter un bilan factuellement solide, voire incontestable, pour asseoir une image de "bâtisseur" et de garant de la stabilité économique, un argument puissant qui rassure tant les investisseurs que les partenaires internationaux et une partie de l'électorat.

Cependant, cette approche constitue à la fois sa plus grande force et sa principale vulnérabilité. La focalisation sur les indicateurs macroéconomiques, comme le taux de croissance du PIB, expose le président à la critique la plus récurrente de ses opposants : le décalage persistant entre la santé des grands équilibres économiques et le vécu quotidien d'une large frange de la population. Le taux de pauvreté, que des opposants comme Jean-Louis Billon estiment à plus de 40%, devient ainsi le principal angle d'attaque. Ce chiffre, qui contraste avec les performances économiques affichées, transforme la force du bilan en une faiblesse politique. La campagne du président sortant sera donc une défense constante de la pertinence de son modèle, s'efforçant de démontrer que la croissance finira par "ruisseler" et améliorer concrètement le pouvoir d'achat. En face, ses adversaires s'attacheront à prouver que ce modèle est, par sa nature même, structurellement incapable de produire une prospérité véritablement partagée.