Photo de la candidate Simone Ehivet Gbagbo

Simone Ehivet Gbagbo

MGC

Biographie et Parcours d'une Figure Historique

Née le 20 juin 1949 à Moossou, Simone Gbagbo est une historienne de formation, titulaire d'un doctorat de 3ème cycle en littérature orale. Militante de la première heure, son opposition au régime du parti unique lui vaut d'être emprisonnée à plusieurs reprises dans les années 1970 et 1980. Elle co-fonde le Front Populaire Ivoirien (FPI) dans la clandestinité en 1982.

Députée d'Abobo et Présidente du groupe parlementaire du FPI en 2000, elle fut une Première Dame très influente de 2000 à 2011. Son nom est associé à de graves controverses durant la guerre civile. Condamnée à 20 ans de prison en 2015, elle est libérée par une loi d'amnistie en 2018. Elle fonde ensuite son propre parti, le MGC, en 2022.


Une Plateforme de Rupture Radicale

Le projet de Simone Gbagbo se veut une rupture fondamentale avec l'ordre existant. Son ambition est de "bâtir une nouvelle Côte d'Ivoire", une transformation qu'elle entend mener à travers la mise en place d'un "nouveau contrat social" avec le peuple ivoirien. Cette rhétorique de la refondation indique une volonté de ne pas simplement amender les politiques actuelles, mais de repenser les fondements mêmes de l'État et de la société ivoirienne.

La Réconciliation Nationale comme Prérequis

Au coeur de son programme se trouve la question de la réconciliation nationale, qu'elle érige en priorité absolue. Son objectif premier est de "ramener la confiance entre les différents groupes Ivoiriens" et les différentes ethnies. Sa conception de la réconciliation est exigeante et dépasse le simple pardon. Elle la définit comme un processus basé sur l'établissement de la vérité et l'exercice de la justice, où les "véritables bourreaux" de la crise doivent être identifiés et traités comme tels, et où les victimes doivent obtenir des réparations pour les préjudices subis. C'est seulement à l'issue de ce processus de vérité et de justice qu'une amnistie générale pourra, selon elle, clore définitivement les chapitres douloureux du passé. Ce préalable est indissociable d'une réforme profonde des institutions électorales, notamment la Commission Électorale Indépendante (CEI) et la liste électorale, qu'elle juge partiales. Elle appelle à un dialogue politique inclusif pour refonder ces institutions et garantir des élections transparentes, afin d'éviter la répétition des violences passées.

La Conquête d'une Souveraineté Intégrale

Le second pilier de son projet est la reconquête d'une souveraineté pleine et entière.

  • Souveraineté Monétaire : Simone Gbagbo adopte une position tranchée en prônant l'abandon pur et simple du Franc CFA. Elle appelle à la création d'une monnaie sous-régionale "entièrement gérée par nous-mêmes" et coupée de tout lien de dépendance avec l'ancienne puissance coloniale.
  • Souveraineté Militaire : Dans la même logique, elle exige le départ des bases militaires françaises du territoire ivoirien. Elle considère leur présence comme un symbole de la perpétuation de la "France coloniale" et une source de "mauvais rapports" entre la France et l'Afrique, arguant que cette présence est devenue inutile et contre-productive.

Une Économie au Service du Social

Sur le plan économique, Simone Gbagbo développe une critique virulente de l'approche technocratique du pouvoir, qu'elle résume par la formule : "la macroéconomie, ce n'est pas de ça qu'on mange". Sa priorité affichée est de "transformer les conditions de vie des populations" en menant une lutte frontale contre la misère, les difficultés quotidiennes et l'exclusion sociale. Bien que les détails de son programme économique soient moins documentés, les grands axes mentionnés lors de son investiture incluent la quête de la souveraineté alimentaire, un programme d'industrialisation et l'instauration de services militaires et civiques pour la jeunesse.


Le Pari d'une Rupture Idéologique et Mémorielle

Le programme de Simone Gbagbo se distingue par son caractère profondément idéologique, bien plus que technocratique. Il ne s'agit pas pour elle d'ajuster le modèle de développement existant, mais de le remplacer par un projet de société alternatif, fondé sur les principes de souveraineté nationale, de justice sociale et de panafricanisme. En plaçant au centre de son discours la nécessité de faire la "vérité" sur la crise passée et de juger les "bourreaux", elle transforme l'élection en un enjeu mémoriel. Elle ne propose pas seulement un futur différent, mais aussi une relecture du passé qui conteste la légitimité même de l'ordre politique issu de la crise de 2011.

Cette posture la place en concurrence directe avec Ahoua Don Mello pour l'électorat souverainiste et de gauche, mais elle s'en distingue par une dimension plus personnelle et historique, cherchant à incarner la continuité de la "résistance" du régime Gbagbo. Par conséquent, un vote en faveur de Simone Gbagbo représente plus qu'un simple choix politique ; il signifie une adhésion à une vision du monde spécifique et à une interprétation particulière de l'histoire nationale récente. Son succès électoral dépendra de sa capacité à convaincre une majorité d'Ivoiriens que la résolution des problèmes concrets du présent – pauvreté, coût de la vie – passe impérativement par ce règlement des comptes avec le passé et par cette rupture radicale avec l'ordre international actuel.